Un CHSCT qui s’interroge sur ce qu’il peut faire après un questionnaire sur le stress dont il ne sait que faire des résultats ; une direction ou des syndicats confrontés à une série de cas de harcèlement ou à une succession de situations individuelles de souffrance au travail qui en font un problème plus collectif ; des organismes en mutations où les directions et les syndicats relaient un mal-être aussi généralisé que difficile à appréhender, … autant d’expressions de situations pour lesquelles les acteurs de la prévention dans l’entreprise se sentent démunis. Les termes utilisés, stress, violence, harcèlement, mal-être, souffrance au travail, sont autant de mots et de références qui connaissent une large diffusion dans le monde du travail, autant de termes qui permettent aux uns et aux autres de dire que « ça ne va pas ».
Une autre difficulté à qualifier le problème est qu’il s’inscrit souvent dans une histoire ancienne et complexe, jalonnée de phases aiguës et de phases où l’énergie mobilisée pour s’emparer du problème retombe. Face à la difficulté à comprendre comment s’est nouée une situation de « mal-être », il est souvent plus économique de penser que cette situation est liée aux changements, ou encore à « l’Organisation ». Mais plus qu’une cause en soi, les changements sont davantage des révélateurs de problèmes qui se sont construits au fil du temps.
De nouveaux cadres qui élargissent la notion de santé
Le législateur s’est emparé du problème, notamment à travers la référence, dans le code du travail, à la santé physique et mentale des travailleurs, depuis la loi de modernisation sociale du 17 janvier 2002. Cette inscription de la santé mentale dans le code du travail, si elle traduit un élargissement de la conception de la santé, ne facilite pas l’action de prévention dans la mesure où les « risques psychosociaux » ne sont pas un risque comme les autres. Pour les risques d’atteinte à la santé par l’exposition à des substances dangereuses par exemple, un seuil à partir duquel les risques pour la santé sont avérés ; concernant la santé psychique, on ne peut ni définir un « agent pathogène », et encore moins définir un « niveau d’exposition » à partir desquels on pourrait en déduire un risque pour la santé. Autrement dit, les atteintes à la santé psychique ne sont pas prédictibles dans l’absolu.